DU MAQUIS CREUSOIS A LA BATAILLE D'ALGER
Le blog souhaite ici éditer un article tardif sur l'une des publications les plus importantes du mois de septembre. Il s'agit du Livre de notre membre Christian PENOT, consacré au Résistant Albert Fossey. Monsieur Penot, licencié en droit et cadre dans une entreprise publique nous a également contacté pour nous proposer d'assister à la séance de dédicaces.
Nous retranscrivons ici l'article édité par l'écho de notre membre Nadine Jammot, qui a lu et commenté cet ouvrage riche et complet sur ce personnage prépondérant de la Résistance creusoise.
Né dans le bocage normand, Albert Fossey n’avait pas vocation à entrer dans l’Histoire. Fils de journalier, il se destinait initialement à la prêtrise. Sa personnalité et les événements ont bouleversé ce parcours qui semblait tout tracé. Rompant avec sa formation d’origine, il travaille pour l’édition dans les années trente.
L’engagement, qui sera sa vie durant une constante, le mène du séminaire à l’adhésion au parti socialiste, au syndicalisme et à la franc-maçonnerie.
La guerre va définitivement bouleverser sa vie. Engagé dès 1941 dans la Résistance creusoise, il en devient le chef militaire en 1944 et sera fait Compagnon de la Libération. Ses choix d’avant-guerre apparaissent remis en cause par son entrée dans l’armée professionnelle. Devenu officier parachutiste, il connaîtra tous les champs de bataille de l’Indochine à l’Algérie jusqu’en 1958, année de sa mort.
C’est ce parcours atypique que Christian Penot se propose de nous faire découvrir. Au terme de plusieurs années de recherches, s’appuyant sur des témoignages et des documents inédits, il a reconstitué avec minutie et patience le puzzle de la vie d’un des personnages les plus connus de l’histoire contemporaine de la Creuse mais paradoxalement peut-être un des plus méconnus. Il nous propose une étude distanciée qui nous fait traverser le demi-siècle de vie d’un homme hors du commun,un des personnages les plus connus de l’histoire contemporaine de la Creuse mais paradoxalement peut-être un des plus méconnus. Rien ne prédisposait cet enfant de Normandie à connaître pareil destin. Sa vie durant, Albert Fossey aura été un homme d’engagement suscitant la controverse. Il n’était pas un personnage ordinaire. Doué d’une vive intelligence et
d’un solide sens de l’humour, il était comme tous les hommes au fort tempérament et
pouvait parfois être très dur. Mais tous ceux qui l’ont côtoyé peuvent témoigner qu’il
ne laissait personne indifférent.
Depuis la seconde guerre mondiale le personnage d’Albert Fossey a cristallisé de
nombreuses passions.
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Né dans une famille très modeste, Albert doit affronter très jeune les difficultés de la vie. Son père gravement blessé durant la Première Guerre mondiale décède en 1920 laissant son épouse en charge de ses quatre enfants. Le jeune garçon doit donc apporter sa contribution à l’entretien de la famille. Bon élève, ses maîtres (l’instituteur et le curé du village) vont chacun tenter de l’attirer vers « la carrière ».
Finalement, le curé l’emporte provisoirement avec son entrée à l’institution Sainte-
Marie de Caen. Assoiffé de connaissance, Albert Fossey n’a pas la vocation. Il rompt
avec l’institution religieuse et entre à la faculté de lettres. Il assume seul la charge de
ses études en donnant des cours et en encadrant des colonies de vacances. Il obtient
finalement le baccalauréat et une licence ès lettres, parcours exceptionnel pour un fils de journalier.
Son diplôme en poche, Albert Fossey « monte à Paris». Sa vie professionnelle est très
active et l’amène à côtoyer le Tout Paris des lettres lorsqu’il travaille dans l’édition. Il
se marie en 1934 et aura deux enfants. Durant cette période, une autre partie de sa vie
connaît un bouleversement considérable. Les secousses des années trente correspondent à son adhésion au parti socialiste SFIO, au syndicat du livre et au Grand Orient de France. L’ancien séminariste devient donc un militant laïc et républicain, adhérant au courant philosophique humaniste, professant les idées de progrès social et de rupture avec l’ordre établi des socialistes. En 1936, il est président du comité de Front populaire d’Orsay. En 1938, il anime, avec d’autres militants, une auberge de jeunesse dans la même ville. Mais son activité débordante n’est pas du goût de tous, et la même année il perd son emploi à la suite d’un mouvement de grève. Chômeur, ses recherches d’emploi entraînent son arrivée en Creuse.
Il devient en 1939 directeur commercial de la coopérative «Les Presses du Massif
Central». Par sa connaissance du milieu de l’édition, il contribue fortement au
développement de l’activité librairie au sein de l’entreprise qui jusque-là était surtout
spécialisée dans la papeterie. Après la désastreuse campagne de France, il est de
retour en Creuse. Il entre très tôt en relation avec les dissidents, et adhère au
mouvement Libération en novembre 1941 grâce à deux enseignants. Son dynamisme
et son activité soutenus entraînent sa prise de responsabilités dans plusieurs
domaines dont les maquis des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) en
décembre 1943. Il est finalement nommé lieutenant-colonel et chef départemental des
FFI de la Creuse et du Cher zone sud en mai et juin 1944. Durant les durs combats de
la Libération, il parvient à fédérer l’ensemble des sensibilités de la Résistance
départementale sous son autorité. Avec l’aide des missions alliées, les forces
rassemblées parviennent à libérer le territoire creusois le 25 août 1944. Dès lors les
maquisards qui le souhaitent contractent un engagement pour la durée de la guerre.
Albert Fossey-François prend lui aussi cette direction, mais de manière définitive
Il part avec une unité composée en grande partie de Creusois sur le front de
l’Atlantique où les Allemands tentent de s’accrocher aux ports qu’ils ont fortifiés.
Une nouvelle mission attend cette unité en Algérie lors des premiers craquements de
l’Empire colonial français en mai 1945. La plupart des soldats rentrés dans leurs
foyers, Albert Fossey-François fait le choix d’entrer dans les unités aéroportées en
cours de structuration en 1946.
Dès lors il est officier parachutiste et connaît tous les champs de bataille de l’Indochine à l’Algérie en passant par la Tunisie et le canal de Suez. Il joue également un rôle important dans ce qu’on appelle à l’époque « l’action psychologique » qui devient la guerre antisubversive. Ces théories sont mises en pratique notamment durant la bataille d’Alger au cours de laquelle Albert Fossey- François est l’un des colonels du général Massu à la tête du 2e régiment de parachutistes coloniaux (2e RPC).
Revenu en métropole début 1958, il commande le groupement d’instruction des parachutistes coloniaux quand il trouve la mort au cours d’un meeting aérien qui se déroule le 14 septembre 1958 à Mérignac.
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